« Le débat comme si vous y étiez | Accueil | L'Europe : l'heure de vérité ! par Philippe Douste-Blazy, ministre des Affaires Etrangères - Le Monde du 22 juin 2005 »

lundi, 06 juin 2005

Europe : rien ne va plus.

Sans faire de catastrophisme, on peut néanmoins considérer que la décision britannique de "suspendre" le référendum que Tony Blair avait prévu d'organiser en 2006 sur le projet de Traité constitutionnel condamne, de facto, ce dernier. Ultime acte qui survient quelques jours seulement après les référendums français et néerlandais, ce report ne trompe personne et surtout pas ceux qui considèrent qu'il est désormais plus qu'urgent de trouver une solution à la crise ouverte à l'initiative de la France.

Il serait vain de chercher les responsables de ce véritable gâchis : Jacques Chirac pour les uns qui, trop sûr de lui et voulant mettre tout son poids dans la balance a favorisé la tendance inverse de celle qu'il recherchait, ou Laurent Fabius qui, faisant passer ses ambitions présidentielles avant ses convictions profondes, aurait joué avec le feu en entrainant dans son sillage un ensemble hétéroclite d'opposants au Traité plus ou moins convaincus, dont le seul point commun était de vouloir sanctionner le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin.

Au fond, peu importe. Le mal est fait. Le résultat est là, sans appel : la France est affaiblie et délégitimée face à ses partenaires européens, et l'Europe est fragilisée face à ses principaux concurrents que sont les Etats-Unis et les grandes puissances politiques et économiques émergentes. Pour s'en convaincre, il suffit de se souvenir de la levée immédiate des quotas sur les exportations textiles par les autorités chinoises, le 30 mai au matin, et de lire les réactions enthousiastes des milieux d'affaires et des analystes américains. Sans parler de l'affaiblissement de l'euro par rapport au dollar.

Le paradoxe est que ceux qui, en France, prétendaient s'opposer à une Europe libérale ont fait le jeu des tenants du laisser-faire économique et des promoteurs d'une Europe - marché opposés à la construction d'une Europe politique forte et respectée.

Mais, à la limite, l'essentiel n'est pas là.

L'essentiel, c'est l'avenir de l'Europe, l'avenir de cet ensemble de 453 millions d'habitants qui constitue le plus fabuleux pari, jusque là réussi, qu'aient jamais lancé les dirigeants de pays qui s'étaient pourtant, au fil des siècles et des décennies passés, fait la guerre.

Aujourd'hui, pour sortir de l'ornière et alors que le concept même d'Union Européenne est en jeu et que les institutions communautaires sont enlisées, il semble indispensable de redonner le goût de l'Europe à ceux qui en constituent quand même l'essence : les citoyens. Loin de se replier sur elle-même, au risque de favoriser des réflexes nationalistes qui pourraient être destructeurs pour elle, l'Europe se doit d'aller de l'avant et de mettre en oeuvre des projets ambitieux, concrets et hautement symboliques pour les peuples qui la composent. Elle doit également se montrer ouverte et généreuse pour ceux qu'elle a accueillis l'année dernière et qui ne doivent pas devenir les boucs émissaires faciles d'une Europe en pleine crise.

Commentaires

C'est super, vous nous redonnez le moral aux Européens que nous sommes , vive l'Europe !

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